2012, musique classique électronique

Couverture de la Lacrymosa Industry, dont les contributions sur ce disque abondent : coécriture (si tant est que la pièce puisse être considérée comme écrite) de A la Zimmer et enregistrement des deux choeurs. L'ensemble de l'écriture eut lieu pour moitié entre mars et août 2012, pour une autre moitié du 15 au 18 août 2012.

Cet album est le coeur du projet introduit par Weil wir eitel sind. Il nous ouvre du monde de la vanité à un monde qui est la volonté de puissance, en partant de la considération d'un problème culturel.

"Quant à moi, si j'avais suivi ma première vocation et que je n'eusse rien lu ni rien écrit, j'en aurais sans doute été plus heureux. Cependant, si les lettres étaient maintenant anéanties, je serais privé du seul plaisir qui me reste. C'est dans leur sein que je me console de tous mes maux : c'est parmi ceux qui les cultivent que je goûte les douceurs de l'amitié et que j'apprends à jouir de la vie sans craindre la mort. Je leur dois le peu que je suis." ROUSSEAU, Lettre à Voltaire du 10 septembre 1755.

§1

Lorsque j'écoute mes compositions, je compte, consciemment. L'idée, en accord avec la volonté de puissance, c'est que compter est une sorte de gymnastique qui, en tant que telle, procure du plaisir (sentiment d'augmentation par rapport à une interprétation). La musique peut procurer du plaisir non seulement en tant que gymnastique, mais également en tant qu'arithmétique. Toute la tradition musicale où les harmonies se comportaient comme des fonctions s'itérant un nombre x de fois avant de voir leurs variables être modifiées est en voie de disparition. La fonction était l'interprétation que l'on donnait ; le comput, en étant la réalisation, procurait le sentiment d'accroissement. L'auditeur, inconsciemment, rentrait dans le jeu, prenait pour lui-même les règles, et en jouissait à son tour. C'est l'idée leibnizienne que l'auditeur compte sans s'en rendre compte. Dans la piste 7, "Déprofondir", par exemple, on commence par des intervalles alternées tierces majeures/mineures se décalant respectivement en seconde mineure puis seconde majeure, chacune de ces séquences étant séparée par une quarte dont la base est jouée trois fois. On dessine ainsi une progression ascendante avec deux changements de variable (tonale) sans lesquels il n'y aurait pas d'ascension, avant d'entamer, par un changement de fonction, une progression descendante sur des septièmes mineures qui ne se révèlent comme telles qu'au dernier moment et commutativement main droite / main gauche, septièmes elles-mêmes alternées avec des accords majeurs parfaits renversés en 6-4. Cette seconde fonction ne présente pas de changements de variable tonale, elle ne fait que s'itérer, si bien qu'elle revêt l'aspect d'une boucle récursive. Voilà pour les trente premières secondes. Je suis un excentrique. Je fais revivre une "activité occulte".

§2

L'idée générale de Ex Deprofundis, c'est le dégoût devant l'activité d'acculturation par désir de domination (à laquelle, suivant la définition classique donnée plus haut, ne doit pas se réduire la volonté de puissance), devant tous ceux qui se cultivent comme un moyen de se distinguer et de disqualifier tout être qui n'est pas cultivé, ou du moins n'est pas cultivé comme ils le sont eux-mêmes, tant ils sont soi-disant "distingués", non par curiosité ou en vue de créer. A tel point que la plupart du temps ils vont morguer la culture générale, les classiques, les modèles, l'exemplaire, pour aller gratter les références les plus obscures et méconnues possibles ("s'intéressent à des curiosités de sorte à passer eux-mêmes pour des curiosités" écrit le Nietzsche de la Troisième Inactuelle). C'est à ceux qui de cette manière se proscrivent eux-mêmes de leurs pairs que je m'adresse. C'est parce que ce faisant ils ne peuvent s'arracher la moindre flatterie que face à ce problème de la culture, on n'est plus dans la vanité, mais déjà dans le monde de la volonté de puissance.

§3

Il n'y a rien ici contre le progrès de la connaissance, puisque la curiosité est une condition de vie à ce point possible qu'elle est inhérente à l'enfance, mais dans la curiosité, l'acculturation est subordonnée à l'investigation. Quant à la lecture, je concorde avec Rousseau, en ceci qu'il n'y a pas de rapport du tout entre les livres et le bonheur, ou entre livres et vie bonne, mais qu'une dépendance peut se créer chez le gros lecteur telle qu'il n'y a plus de joie sans livres, et qu'on finit par "leur devoir le peu que l'on est". Dans ce cas, la lecture constitue des conditions de vie, mais il s'agira seulement d'une activité, et non d'un contenu.

§4

Déprofondir, c'est maintenir la tension entre deux termes plutôt que d'en abolir un au profit de l'autre, c'est-à-dire : vivre le concret riche de déterminations et non mourir dans l'abstrait unilatéralement déterminé.

§5

Juxtaposer trop de cultures trop rapidement dans un même esprit conduit à l'incapacité à s'engager dans une culture déterminée, ainsi qu'à une forte agitation en l'absence de fil conducteur, en l'absence de direction. Le travail de lecture doit être subordonné au travail d'investigation. Cela donne de la direction. Bref, la curiosité est finalité, pas la culture. Ex Deprofundis.

§6

La surface est ce jeu étrange consistant à se présenter comme doté de la culture la plus particulière possible, sans vue générale. Comble de la pauvreté intellectuelle malgré ce dont se réclame le joueur. C'est ainsi qu'il est possible de fuguer en contrepoint un motif d'une demi-mesure jusqu'à saturation : babillage éternel sur le même registre de détails que pratique le joueur de surface. En-dessous d'une telle posture se cache ce qui est au-delà de la vanité.

§7

C'est en se posant la question de ce pourquoi l'homme qui se sent faible cherche le sentiment de sa force, structure qui définit le vaniteux en tant que tel, que l'on ne peut répondre que par la volonté de puissance. La vanité participe de la volonté de puissance, mais la volonté de puissance ne se réduira pas à la vanité comme à sa réplique, puisqu'elle comprendra également l'orgueil. Dès lors, le thème de la vanité sera sous-jacent, mais la musique devra l'ouvrir, le comprendre dans une vision plus large.

01. Ouverture - Choeur vaniteux (Avec laei) 1:33 Ecouter Télécharger (1.4 Mo)
02. Grande surface - Au-delà de la vanité 2:09 Ecouter Télécharger (1.9 Mo)
03. Au-delà de la vanité Pt II 2:30 Ecouter Télécharger (2.3 Mo)
04. Au-delà de la vanité Pt III 2:24 Ecouter Télécharger (2.2 Mo)
05. Intermède de surface 0:46 Ecouter Télécharger (696 Ko)
06. Jeu de surface 1:02 Ecouter Télécharger (928 Ko)
07. Déprofondir, c'est conserver, supprimer, relever 1:10 Ecouter Télécharger (1.1 Mo)
08. Climbing up the Holy Mountains of Cocain In My Ass 1:04 Ecouter Télécharger (975 Ko)
09. Un dieu mortel 1:18 Ecouter Télécharger (1.2 Mo)
10. AA'BB' 1:25 Ecouter Télécharger (1.2 Mo)
11. Sonate praguoise - Arrangement pour orchestre 1:21 Ecouter Télécharger (1.2 Mo)
12. En Bohème (Avec laei) 1:12 Ecouter Télécharger (1.1 Mo)
13. Mignardise 0:57 Ecouter Télécharger (824 Ko)
14. Ex Deprofundis 1:42 Ecouter Télécharger (1.5 Mo)
15. Bonus - A la Zimmer (Parodie, avec laei) 1:59 Ecouter Télécharger (1.8 Mo)
16. Bonus - De l'attente avant d'uriner 1:22 Ecouter Télécharger (1.2 Mo)
17. Bonus - Feliz 0:50 Ecouter Télécharger (748 Ko)
18. Bonus - Variations sur un thème de Stéphane Drouot 1:04 Ecouter Télécharger (966 Ko)
19. Bonus - Variations sur Der Dividuum 1:47 Ecouter Télécharger (1.6 Mo)
20. Bonus - Weil wir eitel sind - Hauptthema 1:21 Ecouter Télécharger (1.2 Mo)

(Les morceaux à télécharger sont en MP3, 128kbps)

Licence Art Libre

Télécharger l'album complet

Choisissez le format audio dans lequel vous souhaitez télécharger cet album.

  • (Gratuit)

    Haute qualité - FLAC - 159 Mo

    Equivalent au CD original, FLAC vous offre une qualité audio incomparable grâce à sa compression sans perte. A choisir si vous préférez la qualité ou pour écoute sur chaîne hifi.

  • (Gratuit)

    Moyenne qualité - Ogg Vorbis - Q7, 256kbps - 53.2 Mo

    Ogg Vorbis est le plus performant des formats audio à perte. Il restitue une plus grande qualité sonore tout en prenant moins de place. A choisir pour une écoute sur baladeur ou ordinateur.

  • (Gratuit)

    Basse qualité - MP3 - 192kbps - 39.6 Mo

    Le MP3 est un format vieux, dépassé, et sa qualité laisse à désirer. De plus, son utilisation n'est pas libre. A choisir pour une écoute sur baladeur ne gérant pas Ogg Vorbis.

Un problème pour lire les fichiers téléchargés ?

Altermusique.org